Milomir Kovačević

Skills: Artists, Duplex 2017-2011

Enfants-Guerre-DossMailBD-1Le nombre d’enfants blessés et tués pendant la guerre à Sarajevo varie d’une source à l’autre. Ce qui est certain c’est qu’ils ont été plusieurs dizaines de milliers à avoir souffert des conséquences du siège de la ville qui a duré près de quatre ans : manque de nourriture et d’eau potable, froid et peur d’être la prochaine cible d’un obus ou de tir d’un sniper du coin.

Confrontés à une réalité qui dépasse leur compréhension et malgré les conditions difficiles dans lesquels ils ont vécu, les enfants de Sarajevo ont toujours continué à jouer et à s’amuser. Certains imitaient leurs pères, grands frères ou voisins qui partaient sur les lignes de front ou montaient la garde pour défendre la ville en fabriquant des pistolets en bois, des fusils en tubes d’acier ou encore des gilets pare-balles en carton. C’était leur façon de se protéger et de se sentir en sécurité que de s’approprier les obus ayant déjà servi, construire des cachettes, bricoler des laissez-passer.

D’autres trouvaient le réconfort auprès de leurs jouets en peluche qu’ils tenaient dans leurs bras comme pour les protéger de la violence du monde ou refusaient de mettre terme à l’insouciance de l’enfance en continuant à jouer en plein air.

Les enfants de Sarajevo traversaient la guerre visage souriant défiant ceux pour qui l’innocence ne vaut rien. Même souffrant sur leur lit de malade, blessés à la tête ou aux jambes, ils gardaient cet air espiègle auquel on reconnait les Sarajeviens. Mais il n’y a pas que la simple joie enfantine d’être vivant que l’on décèle dans leurs yeux. Il y aussi, et avant tout, ces moments de complicité créés entre l’enfant et le photographe qui rendent leurs visages aussi beaux. Car rares sont ceux qui sachent, comme Milomir Kovačević-Strašni, instaurer la confiance absolue qui efface la frontière entre le professionnel et son modèle.

Les enfants sont-ils encore plus sensibles à l’humanité du photographe ? Quoi qu’il en soit, dans toute la laideur de la guerre, sur les portraits de Strašni, leurs visages rayonnent d’espoir et nous laissent croire qu’un monde meilleur reste à découvrir.

Asja Prohić

The fact that he himself is a native of Sarajevo makes his view on war radically different than the one of foreign photographers. His images embed both violence and extraordinary serenity. Their quality lies above all in the pictorial force, which is far from any stylization, whereby Kovačević shares with us his personal story that we often call our own. 

Qu’il soit lui-même un habitant de Sarajevo rend son regard sur la guerre radicalement différent de celui des photographes étrangers. Ses images sont à la fois violentes et empreintes d’une extraordinaire sérénité. Leur qualité réside avant tout dans la force picturale, et pourtant lointaine de toute stylisation, grâce à laquelle Kovačević nous fait partager son histoire personnelle qui est souvent aussi la nôtre.

«Tito in War», black and white photography, gelatin silver print on baryté paper, 58x41cm, 1992

I was born and grew up in Tito’s era. For me and my generation, Tito represented a symbol of peace and cohabitation of all people of Yugoslavia. Tito’s pictures were an essential part of everyday life: in schools, municipal buildings, grocery shops, public places… Even after his death they remained a part of people’s lives who saw in Tito a guarantee for Yugoslavia and peace.
With the rise to power of nationalist parties, a new history was born manifesting itself in the destruction of Tito’s pictures in public places.
Regardless of these changes, Tito’s pictures had been present in Sarajevo at the beginning of war. The army, which guarded Tito during his reign, has now been destroying his pictures. Nevertheless, those pictures remained as silent witnesses of a tragedy. Some of them have been completely destroyed, while others survived defying the evil. Most of them, however, were transformed into new pictures.

«Vijecnica», National Library of Bosnia & Herzegovina, black and white photography, gelatin silver print on baryté paper, 53x35cm, 1992

«Les photographies sublimes des ruines : la composition parfaite des décombres et de la lumière qui les éclaire; la symétrie éblouissante des arcs et des colonnes, encadrant quelque chose qui n’existe plus.
Des photographies qui captent la beauté profanée. Des images de destruction d’églises, de mosquées et de synagogues: tous ces lieux de culte victimes d’une même violence, celle qui visait non pas l’Autre ethniquement différent, mais l’idée même de vie commune et du mélange des religions et des nations dans la cité».
Andrea Lesić

«Gens uma Sumus», black and white photography, gelatin silver print on baryté paper, 50x60cm, 1996

Milomir Kovačević, Biographie

Milomir Kovačević commence son travail de photographe à l’âge de 17 ans au Club universitaire de photographie (CEDUS) à Sarajevo.

Depuis le début de sa carrière, il se consacre principalement à saisir des images de la vie dans la rue et l’atmosphère des événements culturels à Sarajevo. D’abord photographe de presse pour différentes revues locales, son travail ne sera jamais celui d’un journaliste à la recherche d’images sensationnelles et éphémères. Parmi les nombreuses photographies qui ont fait sa notoriété, se trouvent ses photographies de la vie dans les prisons, de l’atmosphère de Medjugorje, célèbre lieu de pèlerinage, des supporters du club de football de Sarajevo, de graffitis, de Tito dans les vitrines des boutiques pour le dernier jour de la République…
Au début des années 1990, il témoigne des profondes transformations qui sont en train de se produire dans la société yougoslave. De cette période naissent deux séries photographiques : les campagnes d’affichage des principaux partis politiques pour les premières élections démocratiques en Bosnie-Herzégovine, et également tout ce qui touche à la vie politique de l’époque : assemblées générales des trois partis nationalistes, rencontres entre leurs leaders, réunions parlementaires, manifestation pour la paix…
À partir de 1992, Milomir Kovačević suit de près les événements qui vont rendre la ville de Sarajevo tristement célèbre à travers le monde. Jour après jour il témoigne de ce qui se passe à l’intérieur de la ville assiégée. Il présente sa tragédie personnelle et celle des habitants de Sarajevo. Par ses photographies il essaie de résister à la destruction totale de la ville.
En 1995, Milomir Kovačević arrive à Paris où il poursuit son travail et participe à de nombreuses expositions. En 1998, il devient lauréat de la Fondation CCF, (aujourd’hui HSBC) pour son sujet sur la vie dans les prisons yougoslaves.
Milomir Kovačević est un photographe des contradictions : de la mort et de la vie, du passé et du présent, de l’éternel et du passager. Ses images sont à la fois violentes et d’une extraordinaire sérénité. Leur qualité réside avant tout dans leur force picturale, pourtant exempte de toute stylisation, grâce à laquelle il nous fait partager son histoire personnelle, qui est souvent aussi la nôtre.
Il a obtenu de nombreux prix et a été fait Chevalier de l’Ordre National du Mérite, pour son travail et son engagement, par le président Jacques Chirac en 2007.